3ème Partie

«Après examen de ma jambe et constatation de son insensibilité, le médecin décide mon évacuation. Je n’avais plus aucune nouvelle de ma femme, de mon fils ni de ma belle-mère, autour de moi la base fourmille de personnes en pleurs, à la recherche de leurs proches.

Vers 13 heures, j’ai été embarqué, avec d’autres blessés, sur un avion à destination de Marrakech, où plusieurs ambulances nous attendaient, le lendemain, mon frère aîné et ma soeur, qui habitaient à Casablanca, prévenus par un des ambulanciers à qui j’avais demandé ce service, sont venus me chercher et m’ont ramené à Casablanca en taxi; j’étais heureux de me retrouver en famille, mais j’étais pris de vomissements et souffrais horriblement de ma cuisse gauche.

J’ai eu des nouvelles de ma femme, sortie indemne et de ma belle-mère qui avait une fracture de la jambe. Notre fils avait été tué n’a été sorti des décombres que 4 jours après et enterré en fosse commune.»Extrait du témoignage de Jean Randazzo. (9)

Douze heures s’étaient écoulées depuis le tremblement de terre. De plus en plus d’avions survolaient la ville. Les médecins et infirmiers, acheminés de Rabat et Casablanca, étaient maintenant sur les lieux. Les grands hôpitaux du Maroc se tenaient prêts à recevoir les blessés graves. Allongés dans des civières, ces derniers attendaient d’être évacués d’urgence par les avions militaires vers Taroudant, Marrakech, Rabat, Casablanca et Meknès.

Les journalistes commencaient eux aussi à affluer. Venant de Casablanca, France, Angleterre, Italie, … ils retransmettaient en continu des dépêches à leurs rédactions.

« LA TERRE TREMBLE A AGADIR (MAROC) : centaines de morts et de blessés… » Titrera France-Soir.

« AGADIR PLUS DE CINQ MILLE VICTIMES, MORTS ET BLESSES… La ville aux trois quarts détruite… » Titrera le Petit Marocain.

« AGADIR LA BELLE A REBATIR PIERRE PAR PIERRE… » Titrera l’Aurore.

Les problèmes de conduites inquiétaient les marins. Etant rompues, la ville était privée d’eau. La base aéronavale disposait de trois puits mais ils n’étaient pas suffisants pour subvenir à tous les rescapés.

Sa Majesté Mohamed V repris l’avion à 14h30 pour regagner la capitale. Quatorze rescapés repartiront avec lui. Parmi eux l’écrivain suédois Artur Lundqvist, prix Lénine de littérature et sa femme le poète danois Maria Wine.

Les renforts étrangers commencaient à arriver. Vers 15h, deux avions équipés en sanitaire arrivèrent d’Alger. Des avions américains, décollés de la base américaine de Ben Guérir et du port Lyautey (base franco-américaine de Kénitra) se poseront quelques heures plus tard, transportant des tonnes de médicaments. Les forces aériennes américaines stationnées en Allemagne enverront à leur tour 160 hommes, du personnel sanitaire et des bulldozers.

Pendant ce temps les secouristes amoncelaient les pierres des immeubles et bâtiments. Les survivants au drame ne voulaient pas quitter les décombres de leurs maisons. Les personnes emprisonnées sous les ruines seront dégagées et transportées à la base. Les dépouilles retrouvées furent déposées en pleine terre, dans la mesure du possible, contrôlées puis transportées dans des ambulances au cimetière d’Ihchach. Des officiers de police notaient soigneusement les identités des victimes et rédigeaient des procès-verbaux. Agadir fut mise en quarantaine.

4ème Partie - Tremblement de terre Agadir 1960: temoignages ! - 4.


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