Avant de traiter des différentes initiatives entreprises par la Wilaya du Souss-Massa-Drâa pour le compte des communes du Grand Agadir visant à réformer les transports urbains de la région, il est nécessaire de décrire l’état actuel des choses et de dresser la liste des besoins d’une ville aussi ambitieuse qu’Agadir, souffrant entre autres d’une sérieuse carence en infrastructures solides.
L’état actuel des transports urbains à Agadir :
Il suffit de jeter un bref coup d’œil au Terminus (près du Cinéma Salam) ou de monter à bord d’un bus de la ligne N° 15 pour se faire une idée sur le délabrement des véhicules et l’archaïsme du service.
Des bus dépassés, disposant d’un habitacle austère sans une once de confort, un respect inexistant des horaires et des pots d’échappements qui noircissent l’air à chaque changement de rapport.
La sécurité n’est également pas un point fort des bus blancs striés en bleu azur avec des agressions quasi-quotidienne relatées par les usagers, devant les yeux impuissants et parfois complaisants des employés et des autres passagers. Difficile donc d’encourager Monsieur Tout-Le-Monde à prendre le bus pour aller au travail.
Trois entreprises se partagent pourtant un marché qui devrait être juteux : la régie autonome RATAG (organisme public) déficitaire depuis longtemps, et deux sociétés privées (ZETRAP et GAB) également en difficulté financière.
Pour la RATAG, l’hémorragie vient essentiellement du transport scolaire et universitaire qui engendre un déficit annuel de l’ordre de 12 millions de Dirhams, symbole de la piteuse gestion dont font preuve les dirigeants de l’entreprise. La RATAG devra s’alléger d’une dette dépassant les 100 millions de Dirhams pour espérer une éventuelle pérennité, et s’acquitter de ses années de factures de carburants impayées.
Les dirigeants devront également repenser les lignes pour desservir de nouveaux quartiers – en suivant bien évidemment la demande – mais il faudra d’abord renouveler le parc de bus obsolète dont la régie dispose et proposer aux citoyens des véhicules plus appropriés pour une station balnéaire. Il suffit pour cela de s’inspirer de l’expérience très réussie de Marrakech.
Quels sont les besoins d’Agadir en terme de transports urbains ?
Pour espérer changer la donne, il est primordial de dresser la liste des besoins de la ville d’Agadir en termes de transports urbains.
L’industrie agro-alimentaire – reposant en grande partie sur l’exploitation portuaire et agricole – est l’un des piliers de l’économie de la ville. Il est donc vital de permettre aux dizaines de milliers de travailleurs de se rendre quotidiennement à leurs emplois en toute sérénité.
L’agglomération du Grand Agadir compte près d’un million d’habitants, et la région doit se munir d’un réseau de transports en commun permettant de drainer efficacement cette marée humaine durant tous ses déplacements.
Les réformes prévues :
- La solution pour mettre fin à des décennies de gérance approximative réside dans la Gestion Déléguée du transport urbain du Grand Agadir, confié à la BMCE Capital Conseil pour un montant de 3 millions de Dirhams et financés par le Ministère de l’Intérieur.
- L’assainissement financier de la Régie Autonome de Transport urbain d’Agadir (RATAG) mettant à contribution toutes les Communes du Grand Agadir pour participer au recouvrement de la dette sur cinq années.
- Le lancement d’une opération de départ volontaire avec une enveloppe de 11 millions de Dirhams…
Et la volonté de acteurs communaux d’offrir aux citoyens, quelque soit leur niveau social, des transports décents. M. Tariq Kabbage déclare lui-même :
« Le transport en commun fait partie de nos préoccupations. L’assainissement financier de la RATAG est en cours. Des études stratégiques sont lancées et nous vous proposerons, pour le Grand Agadir, un projet avec une structure permettant aux communes, associées au privé, d’offrir un transport de qualité, durable et respectueux de l’environnement et de faciliter la mobilité des citoyens. »
Un assez bon présage si le projet et porté à maturité !
En supplément, une intervention de M. Tariq Kabbage qui déclare vouloir s’inspirer de l’expérience nantaise dans le domaine des transports urbains :
L’immobilier fait partie des grands chantiers de développement au Maroc, aux côtés des équipements et des infrastructures (transport, énergie, eau potable…), du tourisme, des industries légères et des services.
La conjoncture actuelle :
L’Etat, en partenariat avec Al Omrane (nouvelle entité née de la fusion de plusieurs sociétés d’Etat : Snec, Attacharouk, et des établissements régionaux d’aménagement et de construction : Erac) placée sous la tutelle du Premier Ministre, garde en vue sa priorité d’éradiquer l’habitat insalubre en faisant la promotion du logement social.
Avec un investissement d’un milliard de dirhams injecté sur le marché immobilier d’Agadir, le Ministère de l’Habitat compte tenir ses engagements en proposant un produit accessible aux couches sociales les plus défavorisées.
130.000 logements sont donc prévus sur tout le territoire, pour un prix unitaire de 140.000 DH, rappelant ainsi le prix moyen auquel se négocient les baraques.

Pour atteindre ses objectifs, le Ministère, porté par l’enthousiasme de M. Ahmed Taoufiq Hejira, a logiquement approché les promoteurs immobiliers en leurs offrant nombre de privilèges, dont l’exonération totale des impôts, mais leur a imposé en contre partie une surface minimum de 50m² pour chaque appartement et le respect des standards de qualité et de sécurité.
Avec le lancement en 2008 de 30.000 unités, la garantie du Fogarim, la participation des petits et moyens promoteurs et la signature de plusieurs conventions avec les banques pour faciliter les modalités de commercialisation, le moral des professionnels est au beau fixe.
Les premiers signe de malaise :
Les professionnels du métier sont pourtant divisés entre :
- Optimistes voyant le Maroc comme un eldorado de l’immobilier, les chiffres enregistrés par les cimenteries et la vente des matériaux de construction, en plus des 100 milliards de dirhams de crédits accordés l’année dernière pour des projets immobiliers, en attestent bel et bien. La turbulence actuelle du marché demeurera, selon eux, une simple tendance passagère, tant que la demande restera forte et que l’offre suivra.
- Pessimistes inquiets de la baisse du rythme des transactions durant le premier trimestre de 2008. La flambée des prix y est pour beaucoup, l’incompatibilité entre l’offre et la demande également, et tous redoutent une chute qui sera forcément douloureuse.
Même s’il est vrai que la stabilité et la clarté ne sont pas les points forts du marché foncier marocain, il est possible de décortiquer le phénomène, mais séparément, puisque la situation au niveau de Casablanca n’est pas la même qu’à Marrakech, encore moins à Agadir.
Casablanca :

L’exemple de la capitale économique risque de devenir un cas d’école sur le détournement de la vocation première d’un projet social. Avec une métropole sujette à une forte demande en logements, les prix du foncier ont tout simplement dépassés toutes les prévisions. Le mètre carré coûte aujourd’hui sur l’Avenue 2 Mars (au centre-ville) plus de 15.000 DH, intimidant même les classes sociales réputées aisées. Le problème réside ici dans une discordance entre l’offre et la demande, toutes deux très fortes.
Pour les cadres et les jeunes couples constituant la nouvelle classe moyenne, un logement social à 300.000 DH satisfait amplement leurs besoins et se situe dans leurs limites budgétaires, contrairement aux petits salariés qui n’ont aujourd’hui nulle part où aller.
Certains promoteurs vont jusqu’à augmenter le standing de leurs produits originellement destinés aux classes modestes pour attirer de nouveau clients mieux lotis, laissant entrevoir un inquiétant retour de manivelle et la naissance de nouveaux bidonvilles.
Marrakech :

Les prix exorbitants de l’immobilier à Marrakech dépassent tout entendement avec des villas qui coûtaient 4000 DH/m² en 2002 et qui valent aujourd’hui plus de 25.000 DH/m². Avec une offre très limitée et une demande en hausse effrénée, portée par l’effet mode de la ville ocre et l’imaginaire orientale qu’elle attise chez les acquéreurs européens, les prix atteignent des sommets.
Les promoteurs craignent que l’euphorie cède brusquement la place à la crise (rappelant le précédent des Etats-Unis), ou pire encore, qu’un fracassement des prix mette fin à la série de scores positifs enregistrés ces dernières années. Il est à rappeler que l’achat des terrains à des fins purement spéculatives (attendre que les prix sur le marché augmentent considérablement et revenir avec des offres très compétitives) est une pratique répondue au Maroc.
Agadir :

Agadir est une ville richement dotée en documents d’urbanismes, et jusqu’à l’intégration des régions périphériques dans ce qui sera appelé le Grand Agadir, la commune gérait convenablement toutes les questions relatives à son urbanisme.
L’évolution économique d’Agadir, et de ce fait démographique, crée un déséquilibre qui se traduit par un besoin imminent de restructuration.
Hay Mohammadi est ainsi appelé à accueillir quelques 120.000 gadiris dans les années à venir. Plus de 6.000 baraques ont été démolies en 2007, et 4.000 démolitions sont prévues pour 2008.
Al Omrane Agadir, dont la priorité est le logement social, a déjà investi plus d’un milliard de dirhams pour lancer la construction de 1.500 appartements à 140.000 DH l’unité dans le cadre du projet “Villes sans Bidonvilles“. Les évacuations ne se déroulent cependant pas sans encombres, la mésaventure du Maire d’Agadir à la Carrière Day Day est là pour nous le rappeler.

Avec le recouvrement des lits des fleuves traversant la ville et la viabilisation de ces terrains, les projets étalés sur l’entrée sud d’Agadir et sur ses banlieues, l’offre est encore loin du seuil critique constaté dans d’autres métropoles marocaines. Il n’est pas difficile d’acquérir un bien immobilier dans la région, malgré des prix très élevés, et la relative stabilité du marché rassure les acheteurs. Tout le monde sait que le foncier a toujours été plus cher à Agadir qu’ailleurs (normes sismiques obligatoires, vocation touristique de la ville…) et personne ne devra plus s’étonner de voir des maisons se négocier à Ihchach ou Les Amicales à 1 million de Dirhams, et beaucoup plus à Charaf ou Talborjt.
Certains l’appellent la loi de l’offre et de la demande, je dirais que c’est le revers de la médaille. Toute croissance impose un tribut qui se chiffre ici en flambée des prix.
Alors crise ou pas crise, Saïd Sekkat, Secrétaire Général de la Fédération Nationale des Promoteurs Immobiliers partage avec Marie-Helène Giguère sur les colonnes de La Vie Eco :
« Le risque de surchauffe est inhérent au développement fulgurant de l’immobilier ces dernières années. Cette tendance est passagère, dans la mesure où la demande est encore très forte. Il s’agit probablement d’un réajustement des prix dû à un rééquilibrage entre l’offre et la demande »
Espérons-le !
La date butoir du projet “Agadir sans Bidonvilles” a été établie depuis plusieurs années (non sans révisions) et fixée pour 2008. Plusieurs avancées, palpables sur le terrain, viennent rassurer les plus sceptiques d’entre nous.
El Khiyam, ce pseudo-quartier coincé entre Ihchach, Les Amicales et les villas d’Ennajah a connu une refonte totale de ses structures avec l’aménagement d’une route goudronnée, la viabilisation de plusieurs terrains, et le déménagement des habitants aux situations les plus “irrégulières”. Ce qui est un bon début…
Certains quartiers emblématiques et célèbres pour leur taux de délinquance aberrant pour une ville aussi ambitieuse qu’Agadir – Jamaïka entre autres – ont tout simplement fait l’objet d’une restructuration complète. Ces actions ont également englobé les quartiers périphériques de la ville : Anza, Drarga, Tassila, Tikiouine… pour atténuer ainsi une ségrégation qui se fait de plus en plus ressentir.
Après le Recensement de 1998, alors qu’une liste des habitants des bidonvilles a été dressée par les autorités, plusieurs milliers de familles ont continué à garnir ces habitations insalubres qui ceinturent la ville, avec la complaisance de certains responsables, surtout en période électorales, pour en faire des villes satellites pauvres et dépendantes.
Avec l’application de l’unité de la ville et l’intégration des communes périphériques, un déséquilibre a été ressenti au niveau de la gestion de l’urbanisme. Le développement soutenu de la ville et la croissance exponentielle du nombre de ses habitants dépasse de loin la vitesse à laquelle Agadir s’équipe en infrastructures. La sonnette d’alarme risque d’être tirée si rien n’est fait, ce qui a poussé les responsables communaux, à leur tête M. Tariq Kabbage, à redonner un second souffle à l’opération “Ville sans Bidonvilles” en mettant la main à la pâte et en descendant sur le terrain.
Les bulldozers avaient auparavant été accueillis à Tassila avec des jets de pierres, dégénérant en bataille de tranchée et entraînant des hospitalisations dans les deux camps. Pour éviter que la situation ne dégénère une fois encore, M. le Maire s’est déplacé en compagnie de plusieurs hauts fonctionnaires pour calmer les esprits et rassurer les habitants de la Carrière Day Day à Anza, en sachant que 20.000 personnes étaient concernées, soit près de 5% de la population d’Agadir.
Seul, l’homme atterrit dans un guet-apens savamment orchestré par des présumés “hommes d’ombres” à qui la situation actuelle serait pleinement profitable, et frôle le lynchage public. Insulté, physiquement malmené, même le patriotisme et la marocanité de l’homme ont été mis en doute. Voir vidéo ici.
Pourquoi de telles réactions de la part de personnes qui quitteront leurs baraquements invivables pour des lotissements avec plan ou des appartements à 140.000 DH ?
Plusieurs raisons à cela :
- Certains parlent de leur faible revenu. Il leur est impossible de débourser les sommes demandées pour acquérir ces nouvelles maisons, tandis que d’autres disent ne pas pouvoir subvenir aux nouvelles charges de transport !
- Pour ceux qui ne figurent pas sur le Recensement de 1998, ils ne sont pas bénéficiaires des nouveaux lotissements ; et pour ceux qui y figurent, même si la famille s’est élargie depuis et que la baraque s’est agrandie avec, un seul numéro est attribué à tous ce petit monde…
- Les responsables institutionnels des différents dossiers, avides de bénéfices faciles, se sont transformés en véritables courtiers et revendent les terrains les mieux placés au prix fort.
- Sans parler de ces personnes qui revendent illico leur lotissement pour retourner à leurs anciennes baraques sans avoir à payer ni eau et ni éléctricité, un privilège hérité d’une époque révolue…
Pour résumer, cette situation ne peut perdurer, et les gens auront beau protester, Agadir devra évoluer, non sans douleur et les forces auxiliaires dépêchées en témoignent, mais ce sera pour le bien général. Nous dénonçons les dépassements, les fraudes, les attitudes belliqueuses et les débats non constructifs, mais “Agadir sans Bidonvilles” est un projet qui nous tient tous à cœur et qui doit être mené à bien.