La priorité du dispositif sécuritaire marocain réside aujourd’hui dans son incessante lutte contre la fraude, le terrorisme et le banditisme. Les arrestations en grands renforts médiatiques retransmises sur les chaînes nationales et satellitaires témoignent d’une grande efficacité dans l’exécution.

Parmi les moyens déployés par le Ministère de l’Intérieur Marocain pour resserrer l’étau sécuritaire national, l’adoption par la Direction Générale de la Sûreté Nationale de nouvelles technologies avec l’émission de nouvelles cartes d’identités biométriques à partir du 1er Avril 2008.
La DGSN fait preuve depuis l’arrivée au trône de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, d’une réelle volonté d’améliorer ses prestations auprès du citoyen marocain :
- en informatisant progressivement ses systèmes et en réformant l’organisation territoriale des services régionaux de la sûreté,
- en formant une nouvelle génération de police scientifique qualifiée,
- en créant les Groupes Urbains de Sécurité (GUS) et la Police de Proximité,
- en misant sur une nouvelle politique de communication à travers la publication d’un magazine intitulé Police, les conférences de presse données par M. le Ministre Chakib Benmoussa et des spots publicitaires…

Après avoir choisi la société américaine “Cogent Systems” et la société française “Thales” pour la fabrication et l’entretien des nouvelles Cartes Nationales d’Identité Electronique, pour un montant qui avait suscité quelques remous dans la presse nationale, la DGSN annonce que la CNIE (la CIN fait désormais partie du passé) « facilitera la vie de tous les citoyens en les dispensant désormais de la présentation de quatre documents administratifs : Certificat de Vie, Certificat de Résidence, Extrait d’Acte de Naissance et Certificat de Nationalité. »
Les cartes nationales actuelles seront remplacées progressivement en 4 ans dans cent dix centres dédiés au dépôt des documents et au retrait des cartes qui seront déployés entre 2008 et 2009, et dont vingt qui sont déjà opérationnels.
Les cartes expirant avant le 1er Janvier 2010 seront renouvelées en 2008, les cartes expirant avant le 1er Janvier 2013 en 2009, les cartes expirant avant le 1er Janvier 2015 en 2010 et les cartes expirant avant le 1er Avril 2018 en 2011, pour un coût global estimé à environ un milliard de dirhams.
Avec ces nouvelles cartes d’identités biométriques munies de puces savantes, les procédures administratives seront simplifiées d’un cran et la sécurité beaucoup plus renforcée, surtout avec l’utilisation des procédés cryptographiques. De la taille d’une carte bancaire, la CNIE renferme un module électronique non apparent permettant d’enregistrer et de lire le contenu de la puce, en plus des informations gravées sur les deux côtés et le code barre lisible par des machines appropriées. La CNIE renfermera donc les informations contenues dans l’actuelle CIN sauf la Profession, plus les points caractéristiques de deux empreintes digitales du titulaire et la précision du statut matrimonial.
La détention deviendra obligatoire pour tout marocain âgé de plus de 18 ans sous peine d’être sanctionné d’une amende de 500 à 1.200 DH. Pour les habitants d’Agadir, ils pourront dors et déjà se présenter au Commissariat Central pour débuter les démarches administratives.
Quelques questions me trottent cependant dans la tête, comment récupérer un acte de naissance pour s’inscrire dans un club de sport, par exemple ? Quand les administrations seront toutes équipées de machines capables de lire ces cartes à puces ? Quel rôle joueront désormais les arrondissements… Des idées ?

1/ Le Taux de Participation :
Après une campagne de sensibilisation “Guerilla” (Chansons Rap, Stands Publics, Mégaphones, Télévision, Radio, Internet…) et un enthousiasme aveuglant, apprendre que deux marocains sur trois n’ont pas voté en a choqué plus d’un. Mais était-ce une surprise ?
Modestement, je prévoyais un taux d’abstention encore plus bas et l’opinion publique étayait cette thèse. Un mécontentement général sévit dans la société, en milieu urbain plus intensément. Résumer la chose en traitant les non-votants d’irresponsables serait donc bien crédule.
Certes, voter est un acte citoyen nécessaire pour ériger la démocratie marocaine, mais un jeune qui rêve de quitter clandestinement le pays (il en existent encore des centaines de milliers) ne se sent plus concerné par le Maroc et ses retournements.
Un autre jeune qui entend depuis sa tendre enfance que les députés sont tous malhonnêtes, que les élections ne servent absolument à rien et que le Parlement n’a aucun pouvoir exécutif ne voit même plus le bien-fondé de ces élections.
Un troisième jeune des quartiers populaires qui a étudié dans un lycée en ruine, qui a fréquenté une faculté morbide et qui a longtemps combattu le chômage et le déshonneur d’être entretenu pas sa famille refuse d’aider ceux qui saignent ce pays en offrant les 38.000dh et tous les privilèges du parlementaire à un portrait sur un tract.
Un dernier jeune qui a lu et décortiqué tous les programmes regarde le délabrement de sa ville et calque le travail de son conseil municipal sur celui des parlementaires. Venant des mêmes partis, il leur trouve un air de famille. Un proverbe marocain ne dit-il pas « Âalamatou Âala Khoualatou » ?
Le “marocain” a tenté d’envoyer un message fort au Gouvernement sortant et aux nouveaux élus, l’avenir nous dira s’il aura été efficace.
2/ Les fausses frayeurs :
Depuis un certain rapport américain relayé par les médias internationaux, une nouvelle race de politiciens voyait le jour : les Islamistes. Menaçant la béatitude du marocain moyen et projetant de faire du Royaume un Afghanistan (Bis), le PJD est devenu la bête noire d’une certaine catégorie d’intellectuels. La blogosphère marocaine, à travers nombres d’articles, en est un exemple édifiant.
Mais en laissant de côté cette paranoïa infantile, il est clair que le PJD n’est qu’un parti comme tant d’autres, certes à référentiel islamique, mais qui propose un programme “cohérent” sur certains points, “intéressant” sur d’autres et “évasifs” sur d’autres encore, comme toute formation politique qui se respecte. Il n’a jamais contesté le statut du Roi, encore moins incité au “Salafisme” (retour à l’Islam Originel) ni incité au “Takfir” (forme musulmane de l’excommunication).
Ce parti pris contre les hommes du Dr Saâd Eddine El OTHMANI laissait prévoir un clash entre les pro-PJD et leurs détracteurs qui espéraient un soulèvement populaire comme celui de la France contre Jean-Marie Le PEN. Il n’en fût rien !
Le parti a montré ses limites électorales en se classant deuxième, tant que la thèse de la corruption ne sera pas prouvée, et le marocain moyen a minimisé les inquiétudes de voir ses libertés individuelles régresser. Le Parti de la Justice et du Développement a inclut dans ses secteurs économiques à grande valeur ajoutée le Tourisme, et dans son volet éducatif et culturel les nouvelles technologies et les arts. Inutile donc de se faire un ulcère d’estomac…
Ce qui peut néanmoins lui être reproché, c’est la dualité dans le discours. Sa grande ouverture d’esprit disparaît dans son quotidien Attajdid qui n’a finalement que peu d’impact sur l’opinion publique.
En somme, à part les partisans et les défenseurs du PJD, la majorité des votants l’ont fait pour le caractère “jeune et nouveau” du parti, et pour crier leur mécontentement aux restes des formations. Une manière de gifler des politiciens somnolents !
3/ Les surprises :
Peu de gens auraient misé sur le vieux parti de l’Istiqlal avant le Vendredi dernier. Avec à sa tête Abbas El Fassi dont la carrière a été entachée par le Scandale d’ANNAJATE et son poste de Ministre d’Etat sans portefeuille, le parti arrive tout de même en première position, talonné quelques siège plus loin par le PJD.
Des questions flottent cependant dans les airs : Qui sera le nouveau Premier Ministre ? Quelle sera la position du parti islamiste dans la nouvelle formation gouvernementale (opposition ?) ? Et quelle sera celle de l’USFP, grand perdant de ces élections ? Les socialistes pourraient reprendre leur place initiale et naturelle au sein de l’opposition parlementaire, mais rien n’est encore sûr.
Des figures emblématiques ont aussi chuté de manière spectaculaire, nous en citeront trois ministres : Nabil BENABDALLAH (PPS), Nouzha CHEKROUNI (USFP) et Mohamed ALACHAARI (USFP).
Pour bien résumer ce chapitre clé de l’histoire du Maroc, il n’est pas exagéré de dire que le bilan ne peut qu’être bénéfique. Une refonte de la carte ministérielle, un message fort envoyé aux nouveaux élus qui seront sanctionnés dans les urnes en cas de fraude, des rebondissements, une transparence internationalement certifiée, la disparition temporaire de la phobie PJDiste…
Pour Agadir et ses alentours, aucune grande surprise, contrairement aux listes nationales, avec un partage plus ou moins équitable entre les formations en lise pour les sièges au parlement, avec des visages très connus de la scène politique soussie revenus à la charge :
Agadir – Idaoutanane :
• Abdellah LAROUJI (Union Socialiste des Forces Populaires).
• My Mohamed El MESSAOUDI (Rassemblement National des Indépendants)
• Brahim ZERKDI (Mouvement Populaire)
• Aissa M’KIKI (Parti de la Justice et du Développement)
Taroudant (Nord et Sud) :
• Mohamed SAJID (Maire de Casablanca – Union Constitutionnelle)
• El Habib El BOUBEKRAOUI (Parti de l’Istiqlal)
• Hassan El YAMANI (Union Marocaine Démocratique)
• Abdessamad KAYOUH et Lahcen AHROUCH (Parti de l’Istiqlal)
• Brahim LAABIDI (Parti de la Justice et du Développement)
• Mohamed BOUHDOUD BOUDLAL (Rassemblement National des Indépendants)
Chtouka - Aït Baha :
• Said DOR (Union Constitutionnelle)
• Mustapha JELLOUNI (Parti de l’Istiqlal)
• Lahcen FATHALLAH (Gauche Unifiée)
Inezgane - Aït Melloul:
• Mohamed OUMOULOUD (Union Constitutionnelle)
• Abderrahmane NOURDINE (Parti de la Justice et du Développement)
• Larbi KANSI (Parti Travailliste)
Avant de nous aventurer dans des lectures zélées et des prédictions hasardeuses, une chose est sûre, le taux de participation n’a pas atteint les espérances de tous acteurs politiques. Jusqu’à hier soir à 18h, on parlait de 34% de taux de participation avec une estimation du Ministre de l’Intérieur allant jusqu’à 41% lors de la fermeture des bureaux de vote.
Si certains crient au boycotte, d’autres estiment qu’une vraie démocratie ne pourra jamais atteindre les 90% “préhistoriques” ! Ce modeste résultat “réel” est cependant bien meilleur que les chiffres impressionnants mais erronés d’antan, et ce refus reste le seul moyen (contestable ou pas) qu’utilise une grande partie des électeurs pour exprimer un certain malaise ainsi que leur mécontentement. Une ville comme Agadir en est l’archétype, avec un taux de participation ne dépassant pas les 9% à 18h (selon des sources non officielles) et une position à la tête des régions les moins motivées par « l’acte citoyen phare de 2007 ».
De mon côté et avec un sondage “artisanal”, je me retrouve avec une centaine de “non votants” sur une centaine de personnes questionnées ! En rue, un simple regard jeté sur les pouces des passants prouve que trop peu de gens ont la tâche d’encre indélébile prouvant le passage aux urnes.
Une réponse est chantée en chœur par les gadiris :
« Il suffit de voire comment la Perle du Souss est enclavée et marginalisée, la lenteur de sa croissance, le conseil municipal comateux qui la dirige, le délabrement de ses services… pour se faire une idées sur nos politiciens. Si un membre du Conseil Municipal ne fait absolument rien pour sa ville, comment avoir confiance en un parlementaire siégeant à Rabat ?! »
Paradoxalement et contrairement au passé, tout le monde s’intéresse aux débats sur le sujet et suit les résultats en temps réel. Ce qui démontre que tout n’est pas perdu. Il suffira pour que les élus récemment choisis redorent le blason de la politique marocaine !