Peu après le séisme de 1960, le projet de reconstruction de la ville d’Agadir verra le jour sous l’impulsion royale et porté par la volonté des sinistrés de tourner cette page douloureuse d’histoire. Le centre de la Nouvelle Ville siègera à 3 kilomètres au sud de l’ancienne Médina avec des artères parallèles, une nouvelle vision architecturale, et le plan urbain d’une petite cité balnéaire.

Certains bâtiments antérieurs au tremblement de terre donnent à des sites mal exploités par les professionnels du tourisme une petite touche historique. Nous en avions fait un tour d’horizon dans cet article : Agadir, 48 ans après…

Agadir restera longtemps une petite ville touristique connu pour son calme, son port de pêche et ses productions agricoles. Feu Hassan II en fera la capitale économique du sud après l’indexation du Sahara au territoire marocain, mais la ville ne connaîtra son boom actuel qu’avec la ferme intention de Sa Majesté Mohammed VI d’en faire un aimant à investisseurs et hôteliers.

Port de Pêche Agadir
Port de Pêche, Agadir - Auteur : NicFer - Source : Wikipedia.com

Depuis, Agadir est un chantier constant avec des aménagements touchant sa voirie, ses grands équipements, son esthétique et l’amélioration du cadre de vie de ses habitants.

Des avenues rajeunies :

L’expansion qu’a connue Agadir ces dernières années n’était pas prévue, et les principales avenues de la ville en témoignent bel et bien. Après avoir grignoté bien des trottoirs pour fluidifier la circulation, la municipalité s’est occupée du réaménagement des voies les plus fréquentées (Mohamed V, 20 Août, Cheikh Saâdi, Al Mouqaouama) en élargissant certaines, en revoyant leur éclairage, et en aménageant de nouveaux passages piétons.

Passage Savannah Agadir
Passage Savannah, Agadir

L’axe Agadir-Bensergaou s’est vu offrir une seconde jeunesse avec une voie élargie, une piste cyclable ressuscitée, et des bords de route reboisés. Tout comme les quartiers périphériques de Aït Taoukt, Tikiouine et Anza qui suscitent l’intérêt des dissidents de la ville.

Les grands équipements :

Qui dit grands équipements, dit Souk Al Had, décharge publique et gare routière.

La bête noire de la commune d’Agadir a toujours été sa décharge publique. Chaque nouveau terrain de décharge s’avérait plus onéreux que son prédécesseur, situé à un emplacement inapproprié, donc rapidement rattrapé par l’urbanisation, et avec des répercussions écologiques désastreuses.

Exemple de Décharge Publique
Exemple de Décharge Publique - Auteur : Myriam Louviot - Source : Wikipedia.com

Le site de Bikarane qui sera bientôt abandonné est la preuve éloquente d’une gestion pitoyable du bien public. Il sera fort heureusement réhabilité par le conseil communal qui sécurisera la décharge contre le feu et les explosions (accidentels ou criminels) causées principalement par les émanations de méthanes. La zone sera ensuite nettoyée et replantée pour une meilleure insertion paysagère.

Dans le cadre d’une convention intercommunale regroupant 8 communes du Grand Agadir (Agadir, Inezgane, Aït Melloul, Dcheira, Drarga, Aourir, Laqliâa et Temsia), le projet d’une décharge publique contrôlée est sur de très bonnes voies.

Hôtel de Ville, Agadir
Hôtel de Ville, Agadir

Outre l’exploitation d’un nouveau site en tenant compte des impacts environnementaux, qui seront aux dires des responsables communaux “limités”, la gestion de cette nouvelle décharge reviendra à un organisme privé spécialiste du domaine pour une durée de 10 ans.

L’ouverture de la nouvelle gare routière sonne le glas d’une époque où le quartier de Talborjt était squatté par les pots d’échappement des autocars et les voyageurs en transit. Cette déportation n’a pas fait que des heureux mais promet une nouvelle jeunesse au Down Town gadiri.

Place Tamri, Quartier Talborjt, Agadir
Place Tamri, Quartier Talborjt, Agadir

Et non loin de là, le Souk arbore sa nouvelle charpente métallique et son réseau d’incendie si vital. Tout le monde se rappelle des dégâts infligés maintes fois dans le passé aux commerçants non assurés…

Souk Agadir
Souk, Agadir - Auteur : Peterkelemen

L’embellissement de la ville :

Dans le cadre du dynamisme qui la caractérise, la ville d’Agadir s’est payé les services du designer et architecte Hicham Lahlou pour avoir sa nouvelle identité visuelle à travers un logo représentant la baie, la montagne, le soleil, la modernité et la tradition, ainsi qu’un mobilier urbain mis en place petit à petit (luminaires, kiosques, bancs publics…)

Logo Agadir

La “nouvelle corniche” dont tout le monde parle joindra très prochainement la Promenade Tawada et sa Marina au front de mer, à l’autre côté de la baie, offrant aux amoureux de la marche à pied 5 kilomètres de plus pour rallier Agadir Oufella à Oued Souss. Le premier tronçon est en phase de finalisation tandis que le deuxième est prévu pour cette année.

Les espaces verts occupent une place de plus en plus importante au niveau du plan urbain avec des réaménagements qui touchent Anza, le Centre-ville, El Houda… sans oublier les bordures de routes et les squares qui visent à embellir la ville et la rendre plus conviviale.

Bords de route, Centre-ville Agadir

La Casbah d’Agadir Oufella a été complètement anéantie par le tremblement de terre de 1960. Reconstruite partiellement au fil des années, c’est aujourd’hui le site le plus visité de la ville. Ce qui encourage les acteurs communaux à entreprendre un projet de réhabilitation en finalisant l’aménagement de la route d’accès, des chemins pédestres et de l’éclairage, en restaurant les murailles, en régénérant la flore du site qui compte plusieurs espèces endémiques, et en entamant des fouilles archéologiques en collaboration avec la Faculté des Lettres d’Agadir.

Casbah Agadir Oufella

L’amélioration du cadre de vie des habitants :

Parmi les initiatives entreprises par le conseil communal pour participer à l’évolution du champ socioculturel de la ville, et après une réflexion auprès d’universitaires, d’associations et d’artistes, le concept de Maison de Quartier voit le jour.

L’objectif premier de ces établissements dont certains sont déjà opérationnels (El Houda, Zaitoune) tandis que d’autres le seront très prochainement (Ibn Zaydoun, Fidia et Salam) est de fournir aux habitants un espace pour diverses activités (sport, théâtre, arts plastiques…) tout en leur inculquant une culture de partage et d’intérêt collectif.

Ces réformes touchent également les équipements sportifs de la ville avec la remise à niveau des espaces sportifs existants et la construction de nouveaux terrains de sport pour les jeunes.

Stade de Football en construction, Agadir
Stade de Football en construction, Agadir - Crédits :Map3.net

Dans ce cadre, la ville d’Agadir tente de se “réapproprier” le terrain non viabilisé et mal fréquenté longeant Talborjt 2 à travers le projet Espace Ibn Zaydoun (terrains de sports, Maison de Quartier, parc pour enfants, parking et espaces verts).

Les chantiers entrepris à Agadir ne se limitent pas à cette liste loin d’être exhaustive, et touchent divers niveaux de la société. Mais il faut garder à l’esprit qu’il reste encore beaucoup à faire et que sans l’investissement de tous les acteurs de la ville, des responsables jusqu’aux citoyens, le développement d’Agadir et sa région ne sera jamais à la hauteur de nos attentes.

En assistant à la conférence donnée par des rescapés du tremblement de terre de 1960 à l’hôtel de ville, et en scrutant les clichés topographiques d’avant le séisme, la différence entre la station balnéaire des années cinquante et la métropole d’aujourd’hui est flagrante.

Que ce soit au niveau du plan urbain, de l’architecture ou de l’esprit même de la ville, tout a été mis en place pour ressusciter Agadir et donner l’image d’une ville robuste.

L’influence du style architectural Le Corbusier est indiscutable avec l’utilisation du béton dans toutes ses formes, et des choix qui définissent le purisme du designer : simplicité des formes, organisation et rigueur.

Immeuble Agadir - Style Le Corbusier

Alors que la ville se divisait en deux zones distinctes, des autochtones habitant la Casbah et des européens et leurs riverains marocains occupant le bord de mer et le pied de la colline, la répartition de la population est aujourd’hui tout à fait différente.

La Casbah n’est plus habitée, les zones entourant l’épicentre du séisme ont été déclarées “terrains non constructibles” et la ville a été déportée à trois kilomètres au sud.

Malgré des dommages colossaux qui ont détruits entre 60% et 90% des constructions (selon leurs emplacements), certains monuments ont défié la nature et les aléas du temps, transportant avec eux la mémoire d’une ville âgée de 48 ans seulement.

La Casbah :

Comme en attestent les images aériennes, la Casbah à été complètement anéantie par le tremblement de terre qui n’était pourtant pas très violent, mais la secousse survenue juste en dessous de la ville était suffisamment intense pour réduire en poudre des habitations anciennes peu résistantes.

Une partie de la Casbah a été reconstruite au fil des années, faisant du site le plus visité d’Agadir. Ceci encourage les acteurs locaux à entreprendre un projet de réhabilitation d’Agadir Oufella en finalisant l’aménagement de la route d’accès, des chemins pédestres et de l’éclairage, en restaurant les murailles, en régénérant la flore du site qui compte plusieurs espèces endémiques, et en entamant des fouilles archéologiques.

Casbah Agadir avant seisme
La Casbah avant séisme

Casbah Agadir actuellement
La Casbah actuellement

Le Miramar :

A Agadir, personne ne peut prétendre ne pas connaître le Miramar. Longé par l’avenue Mohamed V, le cube blanc avec l’inscription azure situé à l’entrée de la ville est aussi célèbre qu’un monument historique.

L’hôtel et son restaurant datent d’avant le tremblement de terre de 1960 auquel ils ont survécu sans prendre une seule ride. Le restaurant, toujours aussi prestigieux, propose des spécialités de poisson que les gourmets s’arrachent depuis des dizaines d’années. Mettre un peu plus en avant ce côté historique ne serait donc pas de refus pour cet établissement !

Miramar avant le seisme - Agadir
Le Miramar avant le séisme

Miramar actuellement - Agadir
Le Miramar actuellement

L’ancien Talborjt et la Vallée de Tildi :

Déclarée zone non constructible, toute une partie de la ville est restée déserte, devenant trop peu fréquentable, à la limite dangereuse.

Certains parlent du projet d’aménagement d’un jardin public en la mémoire des sinistrés, ce qui n’est pas une mauvaise idée, surtout que certains sites intéresseraient les touristes et même les habitants de la ville, comme ces escaliers qui datent de plusieurs décennies:

Escaliers - Ancien Talborjt

Ou ce qui nous a semblé être un arrêt de bus façonné dans le relief :

Arret de bus - Ancien Talborjt

Cinéma Salam :

Avec ses allures de hangar de l’aéronavale, ce tunnel en béton siège au bout de l’avenue Hassan II et s’impose comme étant le précurseur des salles de cinéma à Agadir. Le cataclysme qui s’abat sur la ville un 29 Février le fissure, mais les fondations résistent et il ne s’en sort que plus fort.

Selon des témoignages, le Cinéma Salam était durant les années 70’ et 80’ le lieu de rendez-vous de la jeunesse intellectuelle gadirie. Ces années de gloire sont désormais très loin derrière et le monument a frôlé récemment la disparition.

Acheté par un riche promoteur immobilier de la région, le bâtiment allait être rasé pour céder la place à un immeuble. C’était sans compter l’implication de plusieurs défenseurs de l’identité gadirie qui se dressent contre cette “injustice”, donnant à cette atypique salle de cinéma un sursis bien mérité.

Cinema Salam - Agadir 2

Cinema Salam - Agadir 1

Nous ne pouvons prétendre avoir fait le tour des monuments de la ville, mais nous espérons vous avoir transmis notre amour pour Agadir.

Nous nous sommes inspirés des sites www.agadir1960.com et www.communautejuiveagadir.com lors de l’élaboration de cet article, et nous y avons emprunté quelques images. L’équipe les en remercie et vous encourage à aller y jeter un coup d’œil, histoire d’en connaître un peu plus sur la Perle du Souss.

Cette année sera bissextile et la ville d’Agadir y commémorera le 48ème anniversaire depuis le séisme qui l’avait anéanti le 29 Février 1960.

Le cataclysme qui fit plus de trente mille victimes entre morts et blessés changea inéluctablement le visage de la ville, longtemps habitée par les européens (touristes et intellectuels) et par les natifs amazighs qui se cantonnaient dans leur vieille Médina en haut de la colline.

Casbah Agadir Oufella avant 1960

Les habitations front sur mer, symboliques de la station balnéaire, furent longtemps proscrites des plans urbains, et les survivants furent contrains de s’installer sur les plaines se trouvant à trois kilomètres au Sud de la ville sinistrée.

Hotel Mauritania - Agadir

Certaines constructions antérieures au séisme de 1960, devenues entre temps monuments historiques, subsistent aujourd’hui encore et véhiculent l’image d’une époque révolue, d’une Agadir qui est passée de la petite bourgade mignonnette à la grande métropole urbaine.

A travers le reportage qui suivra, nous reviendrons sur l’histoire de plusieurs de ces bâtiments et sur leur état actuel. Certains sont tombés dans l’oubli tandis que d’autres font face aux aléas du temps.

Nous vous proposons également le programme des activités culturelles et religieuses pour la mémoire des sinistrés du séisme d’Agadir, organisées par l’Association Agadir Oufella durant les journées du 29 Février, 1er et 2 Mars 2008 au site de la Casbah d’Agadir Oufella.

Une rencontre sous le signe du recueillement se tiendra donc le Vendredi 29 Février à partir de 15h, avec l’ouverture par la lecture du Saint Coran et la clôture avec des prières à l’âme des sinistrés d’Agadir. Suivra une tournée de reconnaissance autour de la Casbah et une fête musicale avec la participation de plusieurs troupes populaires.

Des journées culturelles se tiendront le Samedi et le Dimanche 1er et 2 Mars et proposeront une exposition de photographies et de documents historiques relative au séisme de 1960, comme des vidéos d’époques, des livres et des documentaires historiques, l’écoute des témoignages des rescapés de la Casbah et des excursions animées par des exposés sur les vestiges du site.

Bonnes Découvertes à tous !

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