En assistant à la conférence donnée par des rescapés du tremblement de terre de 1960 à l’hôtel de ville, et en scrutant les clichés topographiques d’avant le séisme, la différence entre la station balnéaire des années cinquante et la métropole d’aujourd’hui est flagrante.

Que ce soit au niveau du plan urbain, de l’architecture ou de l’esprit même de la ville, tout a été mis en place pour ressusciter Agadir et donner l’image d’une ville robuste.

L’influence du style architectural Le Corbusier est indiscutable avec l’utilisation du béton dans toutes ses formes, et des choix qui définissent le purisme du designer : simplicité des formes, organisation et rigueur.

Immeuble Agadir - Style Le Corbusier

Alors que la ville se divisait en deux zones distinctes, des autochtones habitant la Casbah et des européens et leurs riverains marocains occupant le bord de mer et le pied de la colline, la répartition de la population est aujourd’hui tout à fait différente.

La Casbah n’est plus habitée, les zones entourant l’épicentre du séisme ont été déclarées “terrains non constructibles” et la ville a été déportée à trois kilomètres au sud.

Malgré des dommages colossaux qui ont détruits entre 60% et 90% des constructions (selon leurs emplacements), certains monuments ont défié la nature et les aléas du temps, transportant avec eux la mémoire d’une ville âgée de 48 ans seulement.

La Casbah :

Comme en attestent les images aériennes, la Casbah à été complètement anéantie par le tremblement de terre qui n’était pourtant pas très violent, mais la secousse survenue juste en dessous de la ville était suffisamment intense pour réduire en poudre des habitations anciennes peu résistantes.

Une partie de la Casbah a été reconstruite au fil des années, faisant du site le plus visité d’Agadir. Ceci encourage les acteurs locaux à entreprendre un projet de réhabilitation d’Agadir Oufella en finalisant l’aménagement de la route d’accès, des chemins pédestres et de l’éclairage, en restaurant les murailles, en régénérant la flore du site qui compte plusieurs espèces endémiques, et en entamant des fouilles archéologiques.

Casbah Agadir avant seisme
La Casbah avant séisme

Casbah Agadir actuellement
La Casbah actuellement

Le Miramar :

A Agadir, personne ne peut prétendre ne pas connaître le Miramar. Longé par l’avenue Mohamed V, le cube blanc avec l’inscription azure situé à l’entrée de la ville est aussi célèbre qu’un monument historique.

L’hôtel et son restaurant datent d’avant le tremblement de terre de 1960 auquel ils ont survécu sans prendre une seule ride. Le restaurant, toujours aussi prestigieux, propose des spécialités de poisson que les gourmets s’arrachent depuis des dizaines d’années. Mettre un peu plus en avant ce côté historique ne serait donc pas de refus pour cet établissement !

Miramar avant le seisme - Agadir
Le Miramar avant le séisme

Miramar actuellement - Agadir
Le Miramar actuellement

L’ancien Talborjt et la Vallée de Tildi :

Déclarée zone non constructible, toute une partie de la ville est restée déserte, devenant trop peu fréquentable, à la limite dangereuse.

Certains parlent du projet d’aménagement d’un jardin public en la mémoire des sinistrés, ce qui n’est pas une mauvaise idée, surtout que certains sites intéresseraient les touristes et même les habitants de la ville, comme ces escaliers qui datent de plusieurs décennies:

Escaliers - Ancien Talborjt

Ou ce qui nous a semblé être un arrêt de bus façonné dans le relief :

Arret de bus - Ancien Talborjt

Cinéma Salam :

Avec ses allures de hangar de l’aéronavale, ce tunnel en béton siège au bout de l’avenue Hassan II et s’impose comme étant le précurseur des salles de cinéma à Agadir. Le cataclysme qui s’abat sur la ville un 29 Février le fissure, mais les fondations résistent et il ne s’en sort que plus fort.

Selon des témoignages, le Cinéma Salam était durant les années 70’ et 80’ le lieu de rendez-vous de la jeunesse intellectuelle gadirie. Ces années de gloire sont désormais très loin derrière et le monument a frôlé récemment la disparition.

Acheté par un riche promoteur immobilier de la région, le bâtiment allait être rasé pour céder la place à un immeuble. C’était sans compter l’implication de plusieurs défenseurs de l’identité gadirie qui se dressent contre cette “injustice”, donnant à cette atypique salle de cinéma un sursis bien mérité.

Cinema Salam - Agadir 2

Cinema Salam - Agadir 1

Nous ne pouvons prétendre avoir fait le tour des monuments de la ville, mais nous espérons vous avoir transmis notre amour pour Agadir.

Nous nous sommes inspirés des sites www.agadir1960.com et www.communautejuiveagadir.com lors de l’élaboration de cet article, et nous y avons emprunté quelques images. L’équipe les en remercie et vous encourage à aller y jeter un coup d’œil, histoire d’en connaître un peu plus sur la Perle du Souss.

Cette année sera bissextile et la ville d’Agadir y commémorera le 48ème anniversaire depuis le séisme qui l’avait anéanti le 29 Février 1960.

Le cataclysme qui fit plus de trente mille victimes entre morts et blessés changea inéluctablement le visage de la ville, longtemps habitée par les européens (touristes et intellectuels) et par les natifs amazighs qui se cantonnaient dans leur vieille Médina en haut de la colline.

Casbah Agadir Oufella avant 1960

Les habitations front sur mer, symboliques de la station balnéaire, furent longtemps proscrites des plans urbains, et les survivants furent contrains de s’installer sur les plaines se trouvant à trois kilomètres au Sud de la ville sinistrée.

Hotel Mauritania - Agadir

Certaines constructions antérieures au séisme de 1960, devenues entre temps monuments historiques, subsistent aujourd’hui encore et véhiculent l’image d’une époque révolue, d’une Agadir qui est passée de la petite bourgade mignonnette à la grande métropole urbaine.

A travers le reportage qui suivra, nous reviendrons sur l’histoire de plusieurs de ces bâtiments et sur leur état actuel. Certains sont tombés dans l’oubli tandis que d’autres font face aux aléas du temps.

Nous vous proposons également le programme des activités culturelles et religieuses pour la mémoire des sinistrés du séisme d’Agadir, organisées par l’Association Agadir Oufella durant les journées du 29 Février, 1er et 2 Mars 2008 au site de la Casbah d’Agadir Oufella.

Une rencontre sous le signe du recueillement se tiendra donc le Vendredi 29 Février à partir de 15h, avec l’ouverture par la lecture du Saint Coran et la clôture avec des prières à l’âme des sinistrés d’Agadir. Suivra une tournée de reconnaissance autour de la Casbah et une fête musicale avec la participation de plusieurs troupes populaires.

Des journées culturelles se tiendront le Samedi et le Dimanche 1er et 2 Mars et proposeront une exposition de photographies et de documents historiques relative au séisme de 1960, comme des vidéos d’époques, des livres et des documentaires historiques, l’écoute des témoignages des rescapés de la Casbah et des excursions animées par des exposés sur les vestiges du site.

Bonnes Découvertes à tous !

5ème et Dernière Partie

Une évacuation totale de la ville d’Agadir est nécessaire, l’atmosphère devient pestilentielle. Surtout les quartiers de Talborjt, Ihchach, Founti et la Kasbah présentent de grands risque d’épidémie, de typhoïde et du typhus. Des milliers de cadavres sont encore ensevelis sous les ruines et se décomposent massivement. Les responsables ont constaté qu’il ne sera pas possible de tout déblayer pour éviter l’infection. Moulay Hassan après avoir avisé avec les médecins civils et militaires décidera ce qui suit :- L’évacuation totale des rescapés et du personnel ;
- L’arrosage par avion d’insecticides sur la ville ;
- La désinfection et dératisation par petites équipes des ruines ;
- La désinfection de toute personne qui traversera la seule voie autorisée de la ville ;
- Poursuite de la recherche de survivants dans les endroits ou des survivants sont repérés.

Il est 16h30. Les militaires de l’armée royale ont reçu l’ordre de forcer les sinistrés à quitter les ruines. Une voix répète à travers un haut parleur en Français et en Arabe:

« les habitants qui ne sont pas tenus de demeurer sont privés de quitter la ville ».

(14)

Les escadres étrangères à leur tour se retireront progressivement, abandonnant les quartiers à leur sort. Agadir devenait la « ville morte » pour quarante jours.
Les déblaiements cesseront le vendredi 4 mars à 10h. Tous les moyens de sauvetage seront mis en œuvre jusqu’à ce qu’il ne subsiste aucun espoir de retrouver des survivants sous les décombres d’Agadir. L’emploi du chlorure de chaux sur les ruines se fera au fur et à mesure des derniers déblaiements. L’opération désinfection par avion prendra effet le jour suivant. Des tonnes d’insecticide seront versées pour limiter la décomposition des cadavres.
Quartier de Talborjt après déblaiement (15)

Feu Sa Majesté Mohamed V s’adressera au courant du week-end aux ambassadeurs et généraux leur exprimant sa gratitude pour tout ce qui a été fait après cette catastrophe. Quelques extraits :

« MM. Les Ambassadeurs, MM. Les Ministres,
Nous avons été profondément touchés que vous ayez tenu à nous accompagner, nous et les membres de notre gouvernement, à notre cher et malheureux Agadir.

Vous avez constaté également que dans cette œuvre, toutes les nations coopèrent, ce qui montre, une fois encore, que la fraternité humaine n’est pas un vain mot. Des médecins, des ingénieurs, des techniciens, des assistantes sociales, des infirmières, des civils et militaires de toutes nationalités se dépensent sans relâche avec dévouement et un esprit de sacrifice et d’abnégation exemplaires pour venir en aide à leurs frères, les martyrs de la ville d’Agadir. Dans notre malheur et notre détresse, c’est un grand réconfort pour notre peuple.

La catastrophe d’Agadir n’est pas seulement nationale, mais elle revêt un caractère international puisque, malheureusement, beaucoup de nos hôtes étrangers en ont été victimes. Nous présentons nos vives condoléances à leurs familles et leurs pays respectifs. Nous demandons à ceux, parmi nos hôtes, que dieu a protégés, de conserver leur amour pour Agadir et leur confiance dans l’avenir.

Demain comme hier, Agadir sera l’exemple de la cohabitation fraternelle entre toutes les nationalités, de la confiance, du dynamisme, du travail, de l’espoir.

Nous demandons à dieu de protéger l’humanité et de la préserver de toutes sortes de calamités. Nous l’implorons pour qu’il nous comble de sa miséricorde. »(16)

À la base aéronavale, les rescapés reprennent petit à petit le courant de la vie. De nombreux commerçants sont décidés à remonter leurs magasins. Le porte-parole du palais royal déclarera en parallèle que tous les moyens de financement intérieur et internationaux seraient utilisés et que des crédits seraient affectés aux personnes désirantes redémarrer leur commerce. Une école sera aussi recréée sous une tente. Des instituteurs, professeurs, maîtres, directeurs et même des officiers de la base se transformeront en maîtres bénévoles. L’école sera dénommée « Jeanne D’arc » avant d’être appelée école « Gauguin ».

Agadir était aux trois quarts détruites, il fallait la reconstruire. Quatre mois jour pour jour, le roi feu Sa Majesté Mohamed V posait la première pierre symbolique de la nouvelle Agadir au quartier industriel où sera entrepris la construction d’un nouveau quartier d’habitat selon des conceptions antisismiques. Le roi posera ensuite la première pierre du nouvel hôpital ainsi que celle d’une station de télécommunication.

« La terre tremble encore. Agadir, notre paradis est mort pour longtemps, mais j’espère qu’il renaîtra un jour. » Melle Thérèse Blondeau - Agadir, le 7 mars 1960 (17)

Voeu réalisé : la ville d’Agadir est aujourd’hui l’une des villes les plus importantes du pays, en particulier sur le plan touristique, mais aussi sur le plan économique, industriel et maritime.

A la mémoire des disparus, rescapés, donneurs, feu Sa Majesté Mohamed V, feu Sa Majesté Hassan II, Willy Cappe, sauveteurs, mon grand-père, mon oncle Othmane, ma tante Kaltoum et mes cousins.

Merci d’avoir fait renaître Agadir !





Sources:
(1) Extrait du témoignage de Jean Randazzo.
(2) Agadir 29 février 1960 « Histoire et leçons d’une catastrophe » – Willy Cappe
(3) Forums Dafina
(4) Forums Dafina
(5) Agadir 29 février 1960 « Histoire et leçons d’une catastrophe » – Willy Cappe
(6) Forums Dafina
(7) Forums Dafina
(8) Agadir 29 février 1960 « Histoire et leçons d’une catastrophe » – Willy Cappe
(9) Extrait du témoignage de Jean Randazzo.
(10) Agadir 29 février 1960 « Histoire et leçons d’une catastrophe » – Willy Cappe
(11) La Catastrophe de Malpasset en 1959
(12) Agadir 29 février 1960 « Histoire et leçons d’une catastrophe » – Willy Cappe
(13) Forums Dafina
(14) Forums Dafina
(15) Agadir 29 février 1960 « Histoire et leçons d’une catastrophe » – Willy Cappe
(16) Agadir 29 février 1960 « Histoire et leçons d’une catastrophe » – Willy Cappe
(17) Extrait du témoignage de Melle Thérèse Blondeau


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