Gilberto Passos Gil Moreira Timitar Agadir

Hier soir, Timitar : Signes et Culture 2007 touchait à sa fin.

Aujourd’hui, l’heure est au bilan. Lister les avancées réalisées jusque là et énumérer les éventuelles lacunes récalcitrantes. L’on pourrait résumer les points forts du Festival d’Agadir en le qualifiant de “créneau porteur”, au moins autant qu’Essaouira, Fès ou Casa. Cependant, il semble que l’immense potentiel dont il dispose ne soit utilisé qu’en partie, et que l’esprit même du Festival ait besoin d’être réorienté, notamment en proposant un vrai métissage entre patrimoine amazigh et musiques du monde. Mais revenons à notre compte-rendu !

Comme à l’accoutumée, la soirée du samedi, la dernière de cette quatrième édition, était très riche. Les Ahwash Ouintjgal venus de Ouarzazate, avec leurs peaux brunes qui contrastent magnifiquement avec leurs costumes en blanc immaculé ouvrent les festivités tardivement mais de fort belle manière. Les suit alors Gilberto Passos Gil Moreira, chanteur-guitariste brésilien qui occupa le poste de Secrétaire à la Culture de la ville de San Salvador – ce qui n’est pas rien– et qui entraînera le public dans une musique pleine de vie, avant de l’enivrer avec les paroles de “Is This Love”, le chef-d’œuvre de Bob Marley revu à l’acento do Brasil.

Le public sera également au rendez-vous pour supporter les Beatles marocains, Nass El Ghiwane, militants de longue date pour un Maroc meilleur à travers nombre de très belles chansons à la poésie humaine et aux rîmes enflammées.

Plus à l’ouest de la ville, les amoureux du Raï « pur et dur » profitaient de la belle prestation de Chebba Zahwania à travers nombre de ses morceaux et de certaines reprises d’anthologie, entre autres celles du défunt Cheb Hasni.

L’avaient précédé AZA made in Santa Cruz from USA (une ville qui porte le même nom qu’Agadir du temps de l’occupation portugaise) et Harem, les quatre percussionnistes turcs et leur DJ.

Le clôt du spectacle –et quel spectacle !– sera orchestré avec maestria par le groupe mythique de la ville d’Agadir : Amarg Fusion. Juste cinq années au compteur d’âge et les jeunes musiciens que nous avons côtoyés pour certains personnellement, bien avant leur carrière professionnelle, véhiculent l’essence même de la culture de la région : Modestie et Sympathie. Ils ont également repris les écrits de grands Rouaïss, surtout ceux de Raïss Belâid, les préservant ainsi des stigmates du temps. Et si les Hoba Hoba Spirit ont leur “Haïha Music” pour finir chaque concert, le groupe très inspiré des rythmes Jazz, Rock & Reggae, possède quant à lui “Agadir Ifawn”.

Les deux DJ français (DJ Oil & DJ Awal) accompagnés des deux VJ venus également de l’Hexagone (Dennis Dezenn & Kissdub) s’adonnaient à cœur joie à un joli duel à distance, au grand plaisir des amoureux des sonorités électroniques.

Le Timitar 2007 ferme donc ses portes et se prépare déjà à l’édition prochaine, que l’on espère encore meilleure.

Les camions chargeaient toute la journée du dimanche câblages, matériel électrique et structures métalliques, à la place Al Amal, donnant l’illusion d’un regain de la paix sur la perle du Souss. Ce serait mal connaître une des villes les plus festives du royaume !

Timitar 2007 Agadir - VJ Dennis Dezenn

Décidemment, la jeunesse d’ Agadir manque cruellement d’endroits où se défouler.

Cette frustration se ressentait hier soir à travers l’enthousiasme, parfois exagéré, d’un public strictement jeune et gonflé à bloc.

Alors que Abdelhadi Belkheyat offrait à la place Al Amal une belle prestation devant un public, disons le “soft”, un nombre impressionnant de festivaliers se dirigeaient avant même la fin de sa représentation et l’arrivée des Jamaïca All Stars vers la Scène Bijaouane.

Hoba Hoba Spirit prouvaient une fois encore leur suprématie sur la scène national en tant que groupe marocain culte.

Mais bien avant leur arrivée sur scène, de très bonnes surprises attendaient les spectateurs en furie. Djamel Laroussi avec ses sonorités “tout azimutes” et qui alliait musique populaire algérienne aux percutions africaines, aux solos de guitare électrique et au courant Gnaoua. L’essentiel demeure la communion entre le chanteur aux cheveux long, son groupe et le public.

Rona Hartner venue de la lointaine Roumanie proposait quant à elle de jolies danses gitanes sur fond de violon et de percussions.

Et durant les réglages techniques, DJ U-Cef & VJ Kissdub continuaient sur leur lancée psychédélique avec musique électronique entrecoupée de tubes Raï à succès.

Minuit était dépassée…

Reda –en maillot rouge du Hassania d’ Agadir, Anouar, Adil, Saâd et Othman qui se sont fait attendre, téléportent dès leur arrivée tout ce beau monde en plein festival rock digne d’un Woodstock ou d’un Rock at Rio ! L’euphorie crée par le titre « Maradona Rjeâ » (Le retour de Maradona) rappelle les supporters de Boca Juniors au cœur de la Bombonera avec fumigènes rouges et torses nus. Ce qui n’est pas sans créer une certaine vague de panique, et l’inquiétude des forces de l’ordre…

Une grande maîtrise du Live (tout comme à Essaouira deux semaines plus tôt) et le meilleur de leur registre : « Bienvenue à Casa », « Aourira », « Fahmator », « Soudani » coupent le souffle à un public extatique mais exténué. Il clorent les débats avec leur habituelle « Haïha Music » en tenant les mains des très sympathiques Amarg Fusion, invités pour l’occasion.


Le Maroc est un carrefour de civilisations où se touchent Afrique et Europe et où s’entremêlent arabes et berbères. Fier de cette richesse ancestrale, le pays du soleil couchant ne s’endort cependant pas sur ses lauriers. A travers nombre de festivals dont la notoriété est désormais incontestée – notamment le Festival des Musiques Sacrées de Fès et le Festival Gnaoua d’ Essaouira – le Maroc ne cesse de mettre en avant cette diversité culturelle, et une ville telle Agadir ne peut que suivre cette tendance estivale et festive.

TIMITAR : Signes et Cultures dans sa 4ème édition, ne peut encore rivaliser avec les rouages bien huilés de ses aînés. Mais la présence durant les éditions précédentes, d’artistes de la trempe de Jimmy CLIFF, Alfa BLONDY, Orchestre National de Barbès, Jil Jilala… et les grandissimes GNAWA DIFFUSIONS, ces cousins algériens qui ont enflammés le temps d’une représentation des dizaines de milliers de spectateurs avec leur Douga Douga et Bab Oued Kingston, reste le meilleur gage laissant présager un avenir des plus prometteurs. Avec les 100.000 fans rameutés par Cheb Mami, Agadir était à l’aube d’un réel engouement public. Mais cet optimisme reste très mitigé. Déjà, les plus mélomanes critiquent “une programmation pas vraiment consistante et dépourvue de fil conducteur“. Les habitués de ce genre d’événements déplorent le nombre limité de scènes, très loin derrière les dix d’Essaouira en 2007. Sans parler des soucis sanitaires et sécuritaires, des rassemblements “sauvages” sur la plage, et de l’insuffisance au niveau des snacks et des fast-food.

Ceci dit, cette année la fête sera encore au rendez-vous avec les Hoba Hoba Spirit, Jamaica All Stars, Abdelhadi Belkhayat, Natacha Atlas, Nass El Ghiwane, Izenzaren, Amarg Fusion, Bigg … Trois deux places, trois deux scènes, un public hétéroclite et une panoplie de Rouaïs, de stars amazighs, africaines et mondiales feront du mercredi 4 au samedi 7 juillet une fin de semaine inoubliable. Certes, le programme ne sera pas extraordinaire, mais rassurez-vous mesdames et messieurs les grincheux, car dès la prochaine année, TIMITAR fera partie d’un circuit européen de concerts (dont j’ai perdu le nom), celui-là même qui organise de vrais pèlerinages mélomanes à travers le vieux continent !

Préparez-vous donc à une édition 2008 haute en couleur car désormais ça déménage grave sur Agadir ! Du moins on l’espère ;) 

« Articles précédents  

Publicité


Sélection de guides d'information pour les voyageurs et touristes à Agadir